13 juin. 2018

Sophie Lacour, docteure en Sciences de l’Information et de la Communication, était l’invitée de l’Assemblée Générale de Sarthe Développement. Elle revient pour nous sur le tourisme de demain.


Quelles sont les grandes évolutions du tourisme ?
Les réseaux sociaux. Nous le savons, les touristes sont beaucoup sur les réseaux. Nous pouvons observer par exemple qu’Instagram et Facebook, pour 60% des touristes, sont des sources d’inspiration de voyage. C’est donc le futur.

Avec des réservations directement via les réseaux sociaux.
C’est ce qui se profile et c’est là que les acteurs du tourisme ont du souci à se faire. Il va falloir travailler beaucoup là-dessus, car Facebook est en train de prendre des parts de marché en se positionnant comme acteur du tourisme à l’instar de Google avec l’application Google Trip. Vous pouvez entièrement réserver votre voyage via Google Trip. L’application va ensuite créer le roadbook de votre voyage, heure par heure, avec toutes les suggestions de lieux à visiter, aussi bien les musées que les restaurants et les hébergements.

Mais les réseaux sociaux ont encore besoin des relais locaux (Comité Départemental de tourisme, Office de tourisme) pour le contenu par exemple ?
Pour le moment, Facebook est plutôt dans une optique de retour sur investissement rapide. Il s’intéresse donc aux destinations les plus importantes : Paris, les capitales, les grandes villes touristiques, là où il y a le plus d’Adwords payés (mots-clés utilisés pour le référencement sur les moteurs de recherche) pour faire remonter l’information chez Google.
Il y a plein d’autres réseaux sociaux qui permettent d’être des grands inspirateurs de voyage. Par exemple, je pense que les places de marchés sont très intéressantes localement. Ça permet de proposer une alternative aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

Les innovations pullulent dans le tourisme. Pouvez-vous nous donner quelques exemples du tourisme de demain ?
D’abord, c’est la transformation du transport avec le transport partagé. Vous avez une société française par exemple, Covoiture Art, un système qui ressemble à Blablacar mais qui concerne les personnes voulant se rendre au musée. Un véritable désir de partage, qui va de paire avec la conscience écologique, se développe.
En termes d’expériences touristiques, la grande tendance est la réalité virtuelle et augmentée. L’Oculus Rift (lunettes de réalité virtuelle) mais également les tablettes.  Timescope, par exemple, vous permet de vous projeter dans le passé. À travers une sorte de lunettes vous pouvez observer ce que vous aviez en face de vous il y a plusieurs siècles. Ça marche très bien et cela va devenir la norme. Ce système est déjà installé dans plusieurs capitales.

 

Et les hôtels ?
Nous voyons de plus en plus arriver des interfaces vocales dans les chambres d’hôtel aux États-Unis. Le groupe Accor vient de mettre ça au point dans certains de ses hôtels. Vous pouvez baisser les rideaux, baisser la lumière, mettre le chauffage, appeler la réception, directement en parlant à votre interface vocale. Vous pouvez également réserver une activité.

Quelles tendances peut-on observer dans les comportements des touristes ?
Aujourd’hui, les touristes sont très exigeants. Ils sont devenus des experts du voyage. Cela change complètement l’acteur du tourisme en termes de communication : il ne peut plus omettre des détails comme des désagréments…Il n’y a plus de secret.
Les touristes aujourd’hui veulent vivre l’expérience qu’ils ont pu lire ou voir sur les réseaux mais ils veulent également une certaine part de surprise. C’est le fameux 30/30/30 en sociologie : 30 % ne recherchent rien de spécial, 30 % veulent vivre l’expérience qu’ils ont lue ou vue et 30 % veulent être surpris.
Une autre tendance importante, c’est la déconnection. Les gens sont connectés 365 jours par an, ils ont absolument besoin de se déconnecter.

Quelle part réserver aux créateurs de contenus ?
On voit que 90 % font confiance à ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, les blogueurs sont très influents. Ce que je vois apparaître aussi, c’est ce qu’on appelle la micro influence. Ce sont les influenceurs qui ont moins de 10 000 followers. Ils ont beaucoup d’impact. La transformation est beaucoup plus importante que sur les gros influenceurs. Les taux de transformations sont autour de 40 % quand les gros influenceurs ne dépassent pas les 10 %.
En fait, pour moi, le futur c’est le local dans le tourisme.