philippe david
29 mar. 2020

Le tourisme est l'un des secteurs les plus touchés par la crise du Covid 19.

Sarthe Tourisme donne la parole aux professionnels du secteur pour qu'ils nous racontent ce qu'ils vivent quotidiennement, leurs besoins, leurs doutes mais aussi leurs espoirs et parfois leurs solutions.

Philippe David, propriétaire de l'Ibis Styles de Mulsanne et Président de l'UMIH 72 (Union des Métiers et de l'Industrie de l’Hôtellerie) répond à nos questions.

 

Comment l'épidémie a impacté votre activité ?

L'impact est très important. Nous avons des annulations depuis début mars alors que la saison commençait tout juste. Le mois de mars est catastrophique et le mois d'avril est à zéro. Après, nous ne savons pas...

 

Quelles mesures avez-vous prises dès le départ ?

Nous avons fermé l'hôtel car nous n'avions plus personne et plus de réservations (avant le confinement obligatoire le 17 mars ndlr) et nous devions mettre le personnel à l'abri.
Ensuite, nous avons mis en place du chômage partiel pour les 2/3 du personnel. Nous avons encore quelques collaborateurs qui travaillent la nuit et  2 ou 3 personnes se relaient en journée pour répondre au téléphone. Nous restons en contact avec nos clients par rapport aux réservations à venir.
Tout le reste est fermé : la restauration, l'hôtel, les chambres. Nous avons entièrement mis l'hôtel sous sécurité et redistribué les denrées périssables auprès du personnel. Nous n'avons rien perdu.

 

Et au niveau administratif ?

Le travail administratif est énorme. Tous les dossiers ont été finalisés : le chiffrage des pertes, le prévisionnel à venir en considérant tous les changements, notamment les reports des manifestations sur les circuits. Ça fait partie des choses importantes pour nous.
Nous avons chiffré, très précisément, les pertes en matière de séminaires, de réunions de famille, de mariage. Aujourd'hui, tout a été transmis à la fois à nos banques et à Bpifrance avec l'aide de nos experts comptables.

Je conseille d'ailleurs à tous les hôteliers-restaurateurs de vraiment tout garder, d'avoir des dossiers bien construits pour pouvoir revoir les échéances de remboursement et demander des avances de trésorerie à leurs banques.
Il faut pouvoir tout justifier. C'est capital ! Les emails d'annulation, les devis acceptés par les clients avant la crise, les acomptes versés, les justificatifs de pertes de chiffre d'affaires... Il faut être absolument irréprochable, que tout soit détaillé et que tout soit précis, fiable, argumenté avec tous les documents adéquats.

 

Remboursement, report, que conseillez-vous ?

Il faut être un peu souple. Commercialement, ce ne serait pas possible de tout refuser en bloc. Nous étudions au cas par cas le remboursement. Certains de nos clients reviendront assister à des manifestations reportées. Les acomptes de ces clients ont donc été conservés.

 

Comment envisagez-vous « l'après-crise » ?

Les aides financières ne feront que reporter de plusieurs mois les échéances. Les prêts ne seront pas effacés. Les aides vont avoir également un coût et il faudra à terme payer les intérêts.
Nous mettrons donc les bouchées doubles en matière commerciale, de gestion, de politique de prix et d'achat. Il faudra être encore plus rigoureux qu'avant, c'est une évidence.

Nous nous posons également beaucoup de question sur la clientèle, notamment sur l'événement Le Mans Classic. Nous ne savons pas si cet événement majeur sera maintenu (début juillet ndlr) ou reporté. Si Le Mans Classic est reporté en septembre par exemple, la clientèle anglaise se maintiendra-t-elle compte tenu de ce qui se passe outre-Manche ?

 

En tant que président de l'UMIH 72, quel regard portez-vous sur l'état de l'hôtellerie en Sarthe ?

Pour le moment, je n'ai pas eu vent de cas catastrophique. Évidemment, plus personne ne paye rien. Les échéances sont gelées. Mais il est encore trop tôt pour mesurer la casse ou la fermeture éventuelle d'établissement.
Nous recevons beaucoup d'appels des hôteliers. Ils nous demandent des conseils. Nous leur expliquons ce que je vous ai expliqué au début de cette interview.