jean kesteloot
04 mai. 2020

Jean Kesteloot a ouvert les Insolites de JSK en 2019, des hébergements touristiques insolites en plein cœur des Alpes Mancelles. Il nous livre son témoignage.

 

Comment le confinement a-t-il impacté votre activité ?

Nous sommes passés de 4 à 5 réservations par jour en début d'année à une seule réservation les 35 derniers jours ! Notre chiffre d'affaires a chuté d'environ 15 000 euros par mois à 150 euros ce mois-ci... Beaucoup de clients ont souhaité reporter cet été. Ils avaient réservé sur des mois creux mais vont se repositionner sur les mois de juillet et août. Au moment où pour nous il est plus facile de faire le plein de réservations. C'est une double catastrophe parce qu'ils vont prendre la place de personnes qui auraient pu ramener de la trésorerie supplémentaire. Mais en même temps je comprends très bien leur report.

 

Et sur un plan plus personnel ?

À part ma solde de premier adjoint (de la commune de Saint-Léonard-des-Bois ndlr), je n'ai rien qui rentre. Je vis avec  220 euros et Servane (sa femme ndlr) continue de toucher ses allocations chômage, environ 1000 euros par mois. Avec 6 adultes à la maison ce n'est pas forcément évident  (ses enfants sont revenus pour la période de  confinement ndlr).Mais pour la famille c'est super !  Nous n'avions pas été réunis depuis deux ans et aujourd'hui nous mangeons tous les jours  ensemble !! Cela renforce les liens entre nous.

 

Vous attendez-vous à ouvrir après le 11 mai ?

La situation change tous les jours, tous les jours le gouvernement à des nouvelles idées. Je le comprends, la situation est encore trop flou.Ce qui est certain, c'est qu'avant le 11 mai c'est fermé. Quand allons-nous rouvrir ? Je ne peux absolument pas le dire. Le 11 mai semble être une date choisie pour rassurer les gens. Tout ne va pas rouvrir d'un coup.

 

Comme préparez-vous l'après-crise ?

Nous ne faisons que des hébergements insolites individuels, espacés les uns des autres et en pleine nature. Nous pouvons facilement mettre en place les gestes barrières et ajouter un check-in à distance. En mettant encore un peu plus d'attention sur le nettoyage des hébergements, il y aura zéro risque. Je crois que les clients sont conscients de cela et j'espère que le téléphone se remettra à sonner dès le 11 mai.

 

Quelles mesures de soutien avez-vous sollicité ?

Nous avons reporté les charges. Ce n'est pas aussi simple qu'annoncé et nous avons dû faire des oppositions sur plusieurs organismes qui ne voulaient rien savoir.Nous avons reporté les échéances de prêt, même si, au niveau de nos banques chacun fait à sa sauce. Certaines font payer les intérêts sur le capital, d'autres font des reports intégrales des échéances mais le capital est compté deux fois à la fin... Cette flexibilité nous permet de moins toucher à la trésorerie , mais cette flexibilité nous la payons et les banques ne font aucun cadeaux.

Nous avons également fait la demande des 1500 euros auprès de BpiFrance. Pour le moment nous n'avons rien vu venir. Les papiers sont faits, la demande acceptée, mais nous attendons le virement.

Enfin, nous avons eu un report de six mois d'un prêt contracté auprès de la Région.Ce n'est pas forcément la bonne opération pour nous. Nous pensions pouvoir mettre de côté cet hiver pour régler les traites reportées, les échéances des banques et là nous allons devoir payer 6 000 euros en plus cet hiver et 6000 euros encore en début de saison 2021. Et entre les deux, presque zéro rentrée d'argent...

 

Comment voyez-vous l'activité après le confinement ?

Cette année va se jouer sur le côté local. J'espère que les Parisiens viendront jusqu'à nous. Ils correspondent à 1/3 de ma clientèle. Ce retour au local est une bonne nouvelle. Le bassin de population de proximité est quand même important et nous ne sommes pas très nombreux à proposer ce type d'hébergements.Peut-être n'y aura-t-il pas de grand congés de 2 ou 3 semaines cette année mais plutôt des congés fractionnés avec des courts séjours ?

 

Quelles solutions entrevoyez-vous pour sortir de la crise ?

L'opération Je Soutiens le Tourisme en Sarthe avec le système des bons d'achat est une super idée. C'est bien d'y avoir pensé et de l'avoir mis en place même si ce n'est pas cela qui fera la saison.

Ce qui pourrait nous sauver tous, de manière quasi certaine, c'est de geler toutes sorties d'argent (traites, prêt...) pour un an. Si on ne gèle pas tout pour un an, je ne vois pas comment nous pourrons nous en sortir. Même si nous travaillons très bien sur deux mois. J'ai du mal à voir comment nous pouvons mettre des sous de côtés pour tenir tout l'hiver.

 

Comment occupez-vous vos journées ?

En ce moment, j'améliore le terrain et je le prépare. Parfois je me dis même qu'en faisant cela j'aurais plus de facilité à vendre. C'est très dur.